L’incendie survenu lors de la COP30 à Belém, au Brésil, a rappelé que les événements mondiaux, même ceux placés sous le signe de la durabilité, restent exposés aux risques de feu. Sans dramatisation, cet incident offre un cas d’étude riche pour comprendre comment les installations temporaires, les contraintes logistiques et les flux de visiteurs peuvent créer des vulnérabilités. Comme dans l’ensemble de nos analyses, l’objectif est d’expliquer les faits, de décrypter les enjeux techniques et de tirer des enseignements utiles pour les professionnels de la sécurité incendie.
Contexte de l’incident : un site temporaire sous forte pression logistique
La COP30 réunit des délégations venues du monde entier, des espaces d’exposition, des équipements techniques mobiles et des structures montées spécialement pour l’événement. À Belém, les premières informations indiquent que l’incendie est parti d’une zone technique dédiée à l’alimentation électrique. Le sinistre a mobilisé les équipes locales et a été rapidement maîtrisé, mais il a entraîné l’évacuation de plusieurs espaces et la suspension temporaire des activités.
Ce type d’incident s’inscrit dans une configuration bien connue : des installations temporaires mises sous tension dans un laps de temps court, avec un besoin élevé de puissance électrique pour alimenter stands, écrans, éclairage, climatisation et dispositifs scéniques. Même lorsqu’elles sont conformes, ces installations restent sensibles aux surcharges, aux défauts d’isolement ou aux connexions non sécurisées.
Les mécanismes probables : une combinaison de facteurs techniques
Les retours initiaux laissent penser que l’incendie s’est propagé dans une zone où convergaient plusieurs circuits électriques provisoires. La cohabitation de multiples sources d’énergie, l’empilement de prolongations et de barres de distribution, ainsi que la proximité de matériaux de construction légers, crée une configuration propice à un départ de feu.
Les structures temporaires utilisées dans les grands événements reposent souvent sur des panneaux modulaires, des éléments en bois, des textiles techniques ou des membranes plastifiées. Même lorsqu’ils sont classés en réaction au feu, ces matériaux peuvent favoriser une propagation rapide en cas de défaillance électrique. La chaleur dégagée par un court-circuit ou une surchauffe peut atteindre leur point d’inflammation en quelques minutes, surtout si l’aération est insuffisante.
Dans ce cas précis, le montage accéléré des installations, typique des grands événements internationaux, semble également avoir joué un rôle. Un système électrique complexe nécessite du temps pour les essais, la vérification des continuités de terre et la sécurisation des connexions. Lorsque le planning est compressé, certains contrôles peuvent être reportés ou limités, ce qui augmente mécaniquement le risque d’incident.
L’évacuation et la gestion opérationnelle : ce qui a bien fonctionné
Malgré la nature inattendue de l’incident, la réaction des équipes locales a permis d’éviter une propagation plus importante. L’activation des dispositifs d’évacuation a été réalisée dans un temps jugé satisfaisant, et les visiteurs ont pu quitter les lieux en sécurité.
La communication interne semble avoir été immédiate, avec une coordination efficace entre les équipes techniques, la sécurité publique et les services d’incendie. Ce type de réactivité montre l’importance des briefings réguliers, de la présence d’équipes SSI formées et de procédures d’alerte testées en amont, même dans des structures temporaires.
Ce retour d’expérience souligne que la réussite d’une évacuation dépend rarement d’un seul facteur : c’est la combinaison entre formation, procédures, signalisation et coordination qui permet d’éviter des conséquences plus graves.
Ce que révèle cet incident sur les risques des grands événements
Les événements internationaux sont des environnements complexes où se superposent techniques scéniques, installations temporaires, interventions multiples et flux importants de personnes. L’incendie de la COP30 rappelle plusieurs réalités que les professionnels connaissent bien.
Les installations électriques temporaires constituent toujours un point sensible, car elles doivent répondre à des besoins élevés dans un temps limité. Les matériaux employés pour les stands, les décors ou les zones techniques contribuent également à la charge calorifique globale. Chaque mètre carré d’un événement peut contenir une combinaison de bois, tissus, câbles, plastique et matériel électronique. Ce mélange, s’il n’est pas contrôlé, favorise une propagation rapide des flammes.
La phase de montage concentre également un risque élevé. Les zones sont en travaux, les systèmes de protection ne sont pas encore opérationnels, et les déplacements des équipes peuvent entraîner des manipulations non sécurisées. L’incendie de la COP30 rappelle la nécessité de mettre en place des inspections intermédiaires, même avant que les installations ne soient totalement finalisées.
Enseignements pour le Maroc : CAN 2025, Coupe du Monde 2030 et vigilance accrue
Le Maroc se prépare à accueillir la CAN 2025 et la Coupe du Monde 2030. Ce type d’incident doit servir d’avertissement, non pas pour inquiéter, mais pour renforcer les exigences de sécurité incendie dans les infrastructures éphémères et les zones techniques associées.
L’organisation de compétitions internationales implique des stades, des fan zones, des espaces VIP, des centres médias, des structures modulaires et des installations électriques de renfort. Chaque zone temporaire, même correctement montée, doit faire l’objet d’une analyse de risque spécifique : charge calorifique, distances d’isolement, itinéraires d’évacuation, résistance au feu des matériaux, continuité des alimentations électriques et moyens de première intervention.
La préparation du Maroc à ces événements offre une opportunité de renforcer les standards. Les retours d’expérience de la COP30 montrent l’importance d’intégrer des équipes SSIAP ou équivalentes dans toutes les phases de préparation : conception, validation, montage, exploitation et démontage.
Cet incident rappelle également l’importance d’une coordination étroite entre organisateurs, autorités locales, services d’incendie et entreprises spécialisées. La réussite d’un grand événement repose autant sur la performance sportive ou diplomatique que sur l’efficacité discrète des dispositifs de sécurité incendie.

Ce qu’il faut retenir : les enseignements clés pour les professionnels
Plusieurs enseignements émergent clairement de l’incendie de la COP30. Les installations électriques temporaires doivent être contrôlées avec rigueur dès leur montage, car elles concentrent une grande partie du risque. Les matériaux légers utilisés dans les structures d’exposition doivent être choisis en fonction de leur comportement au feu et de leur compatibilité entre eux. La coordination des intervenants techniques est essentielle : chaque modification électrique ou scénographique doit être documentée et validée. Les exercices d’évacuation, même réduits, restent indispensables pour garantir une réaction rapide en cas de sinistre. Enfin, les grands événements internationaux doivent intégrer des dispositifs de sécurité incendie dès la conception, afin de prévenir tout dysfonctionnement structurel.
Conclusion
L’incendie de la COP30 n’a pas provoqué de dégâts majeurs, mais il constitue un signal clair pour l’ensemble des professionnels de la sécurité incendie. Il rappelle que les événements mondiaux, même lorsqu’ils se déroulent dans des structures temporaires modernes, restent exposés à des risques qu’il faut anticiper, maîtriser et surveiller en continu.
Le Maroc, en pleine préparation pour la CAN 2025 et la Coupe du Monde 2030, peut tirer parti de ces enseignements pour renforcer ses dispositifs, professionnaliser ses équipes et garantir que les infrastructures éphémères soient conçues, montées et exploitées selon les meilleures pratiques internationales.
Cet incident confirme une réalité : la sécurité incendie n’est jamais un acquis, mais un travail permanent de prévention, d’analyse et d’amélioration continue.



