Les incendies qui touchent les marchés, souks, galeries commerciales et espaces de vente au Maroc rappellent une réalité souvent sous-estimée : un sinistre ne détruit pas seulement des marchandises. Il peut interrompre des activités, fragiliser des commerçants, perturber tout un quartier et créer un risque important pour les occupants, les riverains et les équipes d’intervention.
Ces dernières années, plusieurs incendies ont touché des espaces commerciaux dans différentes villes marocaines. À Casablanca, Marrakech, Tanger ou encore Taza, les exemples se multiplient et mettent en évidence les mêmes vulnérabilités : installations électriques sollicitées, stockage dense, allées encombrées, matériaux combustibles, difficulté d’accès des secours et manque de dispositifs de prévention adaptés.
Dans un contexte où les villes marocaines se transforment rapidement, la sécurité incendie des espaces commerciaux ne peut plus être traitée comme une simple obligation réglementaire. Elle doit devenir un véritable outil de prévention, de protection des personnes et de continuité d’activité.
Des incendies récents qui rappellent la vulnérabilité des marchés
Les exemples récents montrent que les marchés et galeries commerciales restent particulièrement exposés.
À Casablanca, un incendie survenu en décembre 2025 au marché de gros des volailles de Hay Mohammadi aurait été provoqué par un court-circuit dans des salles équipées de machines à plumer les poulets. Le feu a été rapidement maîtrisé grâce à la réaction des commerçants et à l’intervention de la Protection civile. Même lorsque le bilan humain est évité, ce type d’incident rappelle l’importance du contrôle des installations électriques, surtout dans des espaces où cohabitent équipements techniques, humidité, activité commerciale intense et présence humaine.
Quelques semaines auparavant, en octobre 2025, un violent incendie avait ravagé une quarantaine de commerces dans la galerie Ben Slimane, au sein du marché Garage Allal à Casablanca. Aucun blessé n’a été signalé, mais les dégâts matériels ont été considérables. Ce cas illustre un point essentiel : dans les espaces commerciaux denses, la rapidité de propagation peut transformer un départ de feu localisé en sinistre majeur.
À Taza, l’incendie du marché historique Qobbat Souk, survenu le 29 novembre 2025, a détruit plus de quarante boutiques. Selon les informations rapportées, les flammes se sont propagées rapidement dans les allées étroites du marché, provoquant des pertes matérielles importantes. Cet exemple met en lumière un facteur souvent décisif : l’organisation spatiale du marché. Des passages étroits, un stockage compact et des accès difficiles peuvent compliquer l’évacuation et l’intervention des secours.
D’autres villes ont également été concernées. À Marrakech, le marché Rabia a été ravagé par un incendie en février 2025, causant de nombreux dégâts matériels. À Tanger, un incendie déclaré au marché de proximité Ard Daoula à Beni Makada a également entraîné d’importants dommages matériels aux commerces.
Ces événements, bien qu’ils soient différents par leur localisation et leur contexte, révèlent une problématique commune : la prévention incendie dans les marchés ne doit pas commencer le jour du sinistre, mais bien avant.
Pourquoi les marchés et espaces commerciaux sont-ils particulièrement exposés ?
Un marché ou une galerie commerciale est rarement un espace simple. C’est un environnement vivant, évolutif, parfois ancien, dans lequel les activités changent, les marchandises s’accumulent, les installations sont modifiées et les flux de personnes varient fortement selon les jours et les périodes.
Le premier facteur de risque est souvent lié à l’électricité. Dans de nombreux espaces commerciaux, les branchements sont sollicités en permanence : éclairage, réfrigération, machines, rallonges, enseignes, équipements de cuisson ou petits appareils électriques. Lorsque les installations ne sont pas contrôlées régulièrement, le risque de surcharge ou de court-circuit augmente.
Le deuxième facteur concerne le stockage. Dans un commerce, chaque mètre carré est précieux. Les réserves, cartons, plastiques, textiles, bois, emballages et marchandises diverses peuvent rapidement former une charge combustible importante. Lorsque ces éléments sont proches de sources électriques, de zones techniques ou de passages, le risque devient plus élevé.
Le troisième facteur est lié à l’encombrement des circulations. Dans un marché, les allées servent à la fois à circuler, vendre, stocker, livrer et parfois stationner du matériel. Or, en cas d’incendie, ces circulations deviennent vitales. Elles doivent permettre l’évacuation du public, l’accès des secours et l’orientation rapide vers les sorties.
Enfin, il existe un facteur humain. Les commerçants et les équipes présentes sur site sont souvent les premiers témoins d’un départ de feu. Leur capacité à donner l’alerte, utiliser un extincteur, couper l’énergie ou guider les personnes peut limiter fortement les conséquences du sinistre. Mais cela suppose une formation, des consignes claires et des équipements accessibles.
Le vrai danger : la propagation rapide
Dans un marché, le danger ne vient pas uniquement du départ de feu. Il vient surtout de sa propagation.
Un feu qui démarre dans un local peut rapidement atteindre les commerces voisins lorsque les séparations sont insuffisantes, lorsque les matériaux sont combustibles ou lorsque les espaces sont très rapprochés. Les fumées peuvent également se diffuser rapidement, réduire la visibilité, provoquer la panique et rendre l’évacuation plus difficile.
C’est pourquoi la sécurité incendie ne peut pas se limiter à la présence de quelques extincteurs. Elle doit reposer sur une vision globale : détection, alarme, désenfumage, compartimentage, signalétique, dégagements, accessibilité des secours, moyens d’extinction, formation et organisation interne.
L’incendie de Qobbat Souk à Taza, où les flammes se sont rapidement propagées dans des allées étroites, montre bien que la configuration des lieux peut devenir un facteur aggravant. Dans ce type d’environnement, la prévention doit intégrer la réalité du terrain, et non seulement une lecture théorique du bâtiment.
Une obligation réglementaire, mais surtout une responsabilité collective
Au Maroc, la sécurité incendie dans les constructions s’inscrit notamment dans le cadre du Décret n° 2-14-499 du 15 octobre 2014, qui approuve le règlement général de construction fixant les règles de sécurité contre les risques d’incendie et de panique. Ce texte encadre les exigences applicables aux constructions, notamment pour les établissements recevant du public, les bâtiments d’habitation, les immeubles de grande hauteur et d’autres catégories de bâtiments.
Mais au-delà de la réglementation, la sécurité incendie dans les marchés et espaces commerciaux relève d’une responsabilité partagée. Les propriétaires, gestionnaires, commerçants, autorités locales, bureaux d’études, bureaux de contrôle et services de secours ont tous un rôle à jouer.
Un marché sécurisé n’est pas seulement un marché conforme sur papier. C’est un espace où les risques sont identifiés, les installations sont suivies, les équipements sont entretenus, les circulations sont dégagées et les personnes savent comment réagir.
Les mesures prioritaires à mettre en place
Pour réduire le risque incendie dans les marchés et espaces commerciaux, plusieurs actions doivent être considérées comme prioritaires.
La première est le diagnostic de sécurité incendie. Il permet d’identifier les points faibles du site : état des installations électriques, stockage des marchandises, accessibilité des secours, état des moyens d’extinction, signalétique, issues de secours, éclairage de sécurité et organisation générale des circulations.
La deuxième est le contrôle régulier des installations électriques. Les courts-circuits sont souvent cités parmi les causes ou pistes probables de départ de feu dans les espaces commerciaux. Un contrôle périodique, accompagné d’une remise en conformité si nécessaire, peut réduire fortement ce risque.
La troisième est la maîtrise du stockage. Les matériaux combustibles ne doivent pas être accumulés de manière anarchique, surtout à proximité des tableaux électriques, passages, escaliers, issues de secours ou sources de chaleur.
La quatrième est la disponibilité des moyens de première intervention. Les extincteurs doivent être adaptés aux risques, visibles, accessibles, entretenus et connus des commerçants. Leur présence ne suffit pas : il faut aussi savoir les utiliser correctement.
La cinquième est la formation et la sensibilisation. En 2024, une campagne de sensibilisation menée à Casablanca a rappelé aux commerçants l’importance de prévenir les causes d’incendie, notamment les courts-circuits électriques, et de disposer d’extincteurs entretenus et maîtrisés. Cette approche pédagogique est essentielle, car la prévention repose aussi sur les gestes du quotidien.

Prévenir, c’est protéger l’activité économique
Lorsqu’un incendie détruit un marché, les conséquences dépassent largement les dégâts matériels. Derrière chaque commerce touché, il y a des familles, des emplois, des fournisseurs, des clients et parfois des années d’efforts. Un sinistre peut interrompre brutalement une activité, générer des pertes financières importantes et affaiblir tout un tissu économique local.
C’est pourquoi la sécurité incendie doit être perçue comme un investissement, et non comme une contrainte. Un marché bien organisé, bien contrôlé et bien équipé protège les personnes, mais aussi la continuité de l’activité commerciale.
Les incendies récents à Casablanca, Taza, Marrakech et Tanger montrent que le risque est réel. Ils rappellent surtout qu’une démarche de prévention structurée peut faire la différence entre un incident maîtrisé et une catastrophe économique.
Conclusion
Les marchés et espaces commerciaux occupent une place importante dans la vie économique et sociale des villes marocaines. Leur sécurité ne peut pas reposer uniquement sur la réaction des secours au moment du sinistre. Elle doit être anticipée, organisée et régulièrement contrôlée.
Face à la densité des activités, à la complexité des installations et à la présence quotidienne du public, la prévention incendie devient un enjeu majeur. Diagnostic, conformité, maintenance, formation et organisation des secours doivent être pensés ensemble pour réduire les risques et protéger durablement les personnes, les biens et l’activité économique.
Chez Casavigilance, nous sommes convaincus qu’une sécurité incendie efficace commence toujours par une bonne compréhension du terrain. C’est cette approche préventive, technique et adaptée à chaque site qui permet de transformer la sécurité en véritable levier de protection et de continuité.



